Français English

Appels

Prochains numéros

No 15 (été-automne 2013) :: Les pratiques visuelles pré-cinématographiques, dirigé par Germain Lacasse et Louis Pelletier (en préparation)

No 16 (hiver-printemps 2014) :: Musique rock et cinéma, dirigé par Jean-Pierre Sirois-Trahan et Eric Fillion (appel ci-bas)

No 17 (été-automne 2014) :: Philosophie et cinéma, dirigé par Sylvano Santini et Pierre-Alexandre Fradet (appel ci-bas)

 

Appel à contributions

Numéro 16 (hiver-printemps 2014) – Musique rock et cinéma

Sous la direction de Jean-Pierre Sirois-Trahan (Université Laval) et Eric Fillion (Université Concordia).

Ce numéro de Nouvelles Vues s’intéresse aux relations intermédiales entre musique rock et cinéma au Québec. On entend « musique rock » au sens large – du rock’n’roll à la pop, du soul au rap, de la disco à l’électro, du folk-rock au punk – étant entendu que cet idiome est aujourd’hui formidablement diversifié et le lieu de tous les syncrétismes, voire de toutes les impuretés. Dans son Dictionnaire du rock, Michka Assayas affirme que cette musique est « l’une des plus grandes aventures collectives de ces quarante dernières années », le « premier véritable courant de fusion » et « le seul élan radicalement neuf ». Il prête ainsi sa voix à ceux qui priorisent les approches sociologiques, historiques ou musicologiques pour cerner l’impact du rock. De son côté, le philosophe Roger Pouivet soutient que les œuvres issues de cet idiome sont une « nouveauté ontologique » dans l’histoire de la musique, nouveauté qui n’est pas dissociable des biais esthétiques, technologiques et industriels du rock comme art de masse. L’existence même de l’œuvre rock repose sur une utilisation novatrice de procédés techniques (travail de montage sonore et de réalisation en studio) permettant une production et une diffusion sans précédent, omises celles rattachées au septième art.

     La « rencontre fructueuse » (Eduardo Guillot) du rock et du cinéma dès le milieu des années 1950 constitue aujourd’hui un phénomène difficile à ignorer. En étudiant les manifestations de cette musique dans le cinéma québécois, ce numéro de Nouvelles Vues vise à faire l’histoire du rock au Québec, dans toute sa complexité socioculturelle et esthétique, à l’heure où les études sur cet art de masse voient se multiplier dans le monde la publication d’ouvrages spécialisés.

     Contrairement au reste de la musique populaires québécoise (réduite souvent à la chanson à texte), le rock au Québec n’a jamais été pris en considération globalement selon ses spécificités propres, et ce malgré une longue histoire de créations singulières (des Beau-Marks à Arcade Fire en passant par les Sinners, Leonard Cohen, Jean Leloup, Muzion, Voivod ou Malajube). Les études sur le rock québécois sont ponctuelles et limitées, ne se concentrant que sur les artistes phares (souvent d’anciens chansonniers comme Charlebois) ou sur des genres circonscrits comme le yé-yé. Les études sur les relations intermédiales entre le rock et le cinéma québécois sont elles aussi très rares. Les quelques ouvrages qui portent sur la musique de film font, règle générale, abstraction de la présence du rock sur les écrans de la Belle Province. La production cinématographique des cinquante dernières années – Jusqu’au cœur (Jean Pierre Lefebvre, 1968), Bulldozer (Pierre Harel, 1974), Harmonium en Californie (Robert Fortier, 1980), Full Blast (Rodrigue Jean, 1999) et C.R.A.Z.Y. (Jean-Marc Vallée, 2005), entre autres – témoigne pourtant de l’influence indéniable et continue de cette musique sur la culture québécoise.

     Plusieurs sujets pourront être traités (à titre d’exemple) :

1- faire l’histoire et l’analyse critique des relations intermédiales entre la musique rock et le cinéma québécois dans les films qui ont le rock comme sujet de la diégèse (soit parce qu’on y retrouve un personnage qui appartient à cet univers, soit parce que la technologie de production ou de diffusion du rock y apparaît) ;

2- l’étude des films qui ne comportent pas de rock diégétique, mais dont l’univers et la bande sonore sont « rock » par quelque côté, pourvu que soit analysé l’incidence de cette musique sur l’esthétique ou les thématiques ;

3- l’analyse des textes de chansons qui parlent de cinéma ou alors d’images d’accompagnement (scopitones, vidéoclips et autres illustrations) qui se réfèrent thématiquement ou stylistiquement au cinéma ;

4- l’articulation du rock et du cinéma au Québec eu égard à la modernité ;

5- la place de ces deux arts industriels au sein de la culture québécoise, plus particulièrement dans la perspective de l’accession du Québec à la modernité ;

6- la déréalisation par le numérique des méthodes de production et de diffusion, que ce soit au cinéma ou en musique.

     Plusieurs questions peuvent se poser, dont :

- Quelle a été l’influence du rock sur le cinéma québécois, sur ses esthétiques, ses thématiques et ses auteurs? Y a-t-il eu réciprocité entre les deux pratiques?

- Quels sont les modes de représentation privilégiés par les cinéastes québécois qui s’intéressent au rock? Est-ce que le rock a induit de nouveaux modes de représentation?

- Que nous enseigne la mise en scène du rock en ce qui concerne la place qu’occupe cette musique dans la société québécoise?

- Quel rôle joue le rock dans les transformations identitaires telles que déployées dans le cinéma au Québec?

Veuillez envoyer votre proposition de 500 mots à l’adresse suivante : jean-pierre.sirois-trahan@lit.ulaval.ca au plus tard le 25 septembre 2013. Les articles acceptés devront être rédigés en français ou en anglais, comporter entre 25 000 et 45 000 caractères, espaces compris, et être livrés au plus tard le 31 janvier 2014. Les articles seront ensuite évalués et commentés anonymement par deux membres compétents d’un comité de lecture ad hoc. Veuillez inclure une brève notice biographique de 150 mots avec votre proposition d’article.

Pour une bibliographie et une filmographie sur le rock et le cinéma, voir ici.

La revue pourra fournir une liste complète de films portant sur tel genre musical quand un article sera accepté.

Nouvelles Vues est une revue savante publiée en ligne depuis 2003. 

APPEL À CONTRIBUTIONS

Numéro 17 (été-automne 2014) – Philosophie et cinéma

Sous la direction de Sylvano Santini (UQÀM) et Pierre-Alexandre Fradet (Université Laval/ENS de Lyon)

Le cinéma québécois pense-t-il philosophiquement ? On pourrait répondre sur-le-champ par l’affirmative, mais la réponse demande à être approfondie. Peu de chercheurs ont examiné en détail le rapport qu’entretiennent la philosophie et ce corpus cinématographique. Si l’on fait fi des travaux qui relient ce corpus à des enjeux strictement politiques, on constate que la recherche a commencé par questionner la rencontre entre Pierre Perrault et Gilles Deleuze (Warren ; Lacasse, 2002a ; Sirois-Trahan, 2008 ; Bogue) et s’est intéressée au rapport entre certains concepts deleuziens et des auteurs comme Jutra, Arcand et Villeneuve (Carrier-Lafleur ; Sirois-Trahan, 2009 ; Beaulieu, 2005 ; Thain). D’autres ont abordé des questions liées à la communauté et à l’identité et ont vu dans le cinéma québécois une expression du désir d’autoreprésentation des autochtones (Santini, 2009 ; Cornellier, 2011 ; Lewis ; Starblanket ; Evans), un révélateur ou un accompagnateur de mouvements sociaux (Poirier ; Waugh ; Nadeau ; Rochon ; Marshall ; Bordeleau et al.), un producteur de liens collectifs (Froger ; Dundjerovic ; Selb) ou enfin un espace de réflexion sur les notions de spectacle ou de sacré (Beaulieu, 2007 ; Côté-Fortin, 2008 ; Manning).

     Nouvelles Vues est à la recherche de contributions originales qui renouvelleront ces axes d’analyse déjà bien balisés dans une perspective résolument philosophique. Il ne s’agira pas d’aborder le septième art comme un « miroir » reflétant une pensée philosophique préexistante ou comme le « révélateur » de faits sociaux susceptibles d’intéresser la philosophie (la censure, la Révolution tranquille, la fin des utopies, etc.). Il s’agira plutôt de montrer en quoi certains films québécois ou une œuvre en particulier construisent une pensée philosophique, ne serait-ce qu’en nuançant des idées connues, en en proposant de nouvelles ou en déconstruisant les évidences à des fins critiques. Il serait également adéquat d’essayer de voir si certaines œuvres ou certains textes (manifestes, journaux, entrevues, etc.) de cinéastes québécois comportent une énonciation théorique qui engage des réflexions philosophiques, comme on a pu le remarquer chez Eisenstein, Epstein ou Godard (Aumont, 2011). L’objectif sera donc d’explorer le potentiel conceptuel et réflexif du cinéma québécois et, à partir des possibilités qu’il fraye, de voir comment il engage une expérience de la pensée chez nous, spectateurs des salles obscures, dans une configuration dialogique.

     Ce potentiel philosophique peut se révéler bien au-delà du sujet du film, de sa diégèse, de son récit et déborder le questionnement du cinéaste, son style, sa vie, ses idées. C’est pourquoi nous aimerions tout particulièrement recevoir des contributions qui prendront pour objet un thème, une technique ou une esthétique répandus dans le corpus québécois. Il deviendra dès lors possible d’en faire ressortir une ou des « tendances » (afin d’en cerner les spécificités) et la façon singulière dont un ou plusieurs cinéastes s’y inscrivent ou s’en détachent par leur traitement du médium dans le but de susciter la pensée.

     Le corpus envisagé inclura tout le cinéma québécois, des pionniers Léo-Ernest Ouimet, Maurice Proulx et Albert Tessier jusqu’aux représentants du renouveau actuel, en passant par le cinéma direct, expérimental ou autochtone. Si les collaborateurs sont volontiers invités à dégager des liens inattendus entre certains films québécois et la philosophie, on peut déjà indiquer des œuvres dont les enjeux philosophiques sont plus immédiatement prégnants : les films de Pierre Perrault, Gilles Groulx et Claude Jutra, bien sûr, mais aussi ceux de Michel Brault, Jacques Leduc, Arthur Lamothe, Maurice Bulbulian, Jacques Godbout, Norman McLaren, Robert Morin, Anne-Claire Poirier, Paule Baillargeon, Alanis Obomsawin, Denys Arcand, Robert Lepage, Rodrigue Jean ; Le sport et les hommes d’Hubert Aquin (1959), dont le commentaire a été écrit par Roland Barthes ; certains films de Jean-Daniel Lafond, qui a enseigné jadis la philosophie en France ; La tête de Normande St-Onge de Gilles Carle (1975), que Félix Guattari a décrit comme « le vrai premier film sur la folie » (Séquences, no 103).

     Voici, à titre d’exemple, les questions qui pourront être soulevées :

- Lorsqu’on aborde les thèmes récurrents du cinéma québécois, quelles conclusions peut-on tirer du traitement qu’en font les cinéastes sur le plan réflexif ? Certaines œuvres atteignent-elles un degré d’abstraction permettant d’opérer des distinctions nettes entre idées connexes mais distinctes : l’ordinaire, le quotidien, la culture populaire, l’intersubjectivité, le sens commun, le bon sens, etc. ?

- À la lumière des concepts, thèses et objets associés à la philosophie en général ou à la philosophie du cinéma en particulier, que donne à penser le cinéma québécois ? Quel contenu réflexif y est produit ? Comment ce contenu s’incarne-t-il dans le médium filmique ? Est-ce sur un mode descriptif, normatif ? Est-ce par un effet de complication des enjeux (sociaux, épistémiques, ontologiques, etc.) ou d’embrouillement du sens ?

- En quoi le médium construit-il, appuie-t-il ou transforme-t-il la pensée ? Jusqu’à quel point la technique et l’esthétique d’un film influencent-elles la pensée cinématographique ? Quels contenus réflexifs la vidéo, l’animation et le direct, qui déterminent une vaste part du cinéma québécois, produisent-ils dans les faits ou sont-ils susceptibles de produire en droit, étant donné leurs particularités ? En quoi le montage et la mise en scène constituent-ils des opérateurs de pensée ?

- Quelle différence y a-t-il entre les représentations cinématographiques (souvent rattachées aux affects et aux percepts) et les concepts philosophiques ? Comment s’opère le passage des représentations aux concepts, et inversement ?

- Certaines représentations cinématographiques offrent-elles des points de rencontre ou permettent-elles de faire des analogies avec les idées développées par des philosophes québécois (Raymond Klibansky, Jacques Lavigne, Charles De Koninck, Fernand Dumont, Thomas De Koninck, Michel Freitag, Charles Taylor, Jean-Marc Piotte, Jean Grondin, Georges Leroux, Claude Lévesque, etc.) ou d’ailleurs ?

- De quelle façon le cinéma formaliste et expérimental du Québec pense-t-il ? Quelle place le cinéma commercial laisse-t-il à la pensée ? Et qu’en est-il du cinéma militant ? Comment le « cinéma-mémoire », qui a une fonction d’archivage, relie-t-il ensemble les modes du passé, du présent et de l’avenir afin de susciter la réflexion ?

Veuillez envoyer votre proposition de 500 mots à l’adresse suivante : jean-pierre.sirois-trahan@lit.ulaval.ca au plus tard le 1er novembre 2013. Les articles acceptés devront être rédigés en français ou en anglais, comporter entre 25 000 et 45 000 caractères, espaces compris, et être livrés au plus tard le 28 février 2014. Les articles seront ensuite évalués et commentés anonymement par deux membres compétents d’un comité de lecture ad hoc. Veuillez inclure une brève notice biobibliographique de 150 mots avec votre proposition d’article.

Pour une bibliographie sur le cinéma et la philosophie, voir ici.

Nouvelles Vues est une revue savante publiée en ligne depuis 2003.