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Numéro 19 (hiver 2017) :: Le dialogue au cinéma
Numéro 20 (printemps 2018) :: Mauvais genres! (appel ci-bas)
Numéro 21 (automne 2018) :: Femmes et cinéma québécois II : 35 ans plus tard
(appel ci-bas)

 

Appels à contributions

Numéro 21 (automne 2018) – Femmes et cinéma québécois II : 35 ans plus tard

Sous la direction de Lori Saint-Martin (UQAM) et Julie Ravary-Pilon (UQAM)

En 1983, était publié aux éditions du Boréal l’ouvrage Femmes et cinéma québécois dirigé par Louise Carrière. Il combinait deux approches féministes du cinéma : une étude de la place des femmes dans la création cinématographique et une analyse la représentation des figures féminines à l’écran. Il s’agissait de présenter, selon Louise Carrière, « côté pile et côté face de la même réalité : femmes imaginées, fantasmées et souvent parodiées par les cinéastes québécois, et femmes de cinéma exprimant leur réalité et celle des autres femmes ». Les collaboratrices de cet ouvrage proposaient des études, selon ces deux angles, du corpus cinématographique québécois des années 1940 à 1983 : des représentations des figures féminines dans les films canadiens-français adaptés des romans de la terre (Christiane Daviault-Tremblay) à l’histoire des réalisatrices à l’Office national du film (Danielle Blais), en passant par l’analyse des images récentes des femmes dans les films à succès (Josée Boileau). Carrière souhaitait que cet « ouvrage projette un éclairage nouveau pour une histoire du cinéma québécois à reconstruire.» Or, depuis, aucune étude collective abordant à la fois la place des femmes dans la création et les représentations de figures féminines du cinéma québécois n’a vu le jour. Ce numéro de Nouvelles Vues vise à combler cette lacune. En reprenant la double démarche du livre de Carrière, il cherchera à rendre compte de la distance parcourue depuis 1983, au fil des grands changements sociaux et culturels générés entre autres par la réflexion et la mobilisation féministes.

Tant le monde du cinéma que la réflexion sur les femmes et les approches théoriques ont changé radicalement depuis le début des années 1980. De nouvelles œuvres ont vu le jour, de nouvelles créatrices ont émergé pendant que d’autres poursuivaient leur carrière, des mobilisations pour la parité et l’équité en cinéma ont émergé. La définition et la portée du mot « femme » ont été remises en question et élargies par la théorie queer et le mouvement trans, notamment. Enfin, les avancées théoriques – approches féministes, intersectionnelles, queer, sociologiques, liées aux cultural studies, etc. – permettent aujourd’hui de nouvelles analyses.

Dans le cadre du numéro thématique Femmes et cinéma québécois II : 35 ans plus tard, nous sollicitons des écrits portant sur toute question liée à la thématique des femmes dans le cinéma québécois depuis 1983, devant ou derrière la caméra. La liste qui suit, sans être exhaustive, propose des pistes de réflexion (notons que le mot « femmes » désigne ici les personnes s’identifiant comme femmes, qu’elles soient cis ou trans) :

•    Les figures féminines au cinéma;
•    Les rapports entre femmes au cinéma (relations familiales, amitié, amour, hostilité, solidarité, etc.) ;
•    Les approches intersectionnelles, queer, trans, etc., des figures féminines dans le cinéma québécois ;
•    L’étude des œuvres d’une réalisatrice québécoise (cinéma de fiction, documentaire, animation, etc.) ;
•    L’étude d’une problématique féministe, d’une figure féminine, etc., chez plusieurs cinéastes ;
•    Les points de rencontre et tiraillements entre féminisme et nationalisme dans le cinéma québécois après 1983 ;
•    L’histoire des femmes dans un métier de création au cinéma sur une période donnée ;
•    Des essais, témoignages ou manifestes sur le sujet des femmes dans le cinéma québécois ;
•    Les écrivaines québécoises adaptées au cinéma;
•    Les avancées ou reculs sur cette période ou par rapport à celle qui précède;
•    L’histoire des mouvements et collectifs militant pour la parité hommes-femmes dans le milieu du cinéma.

Les propositions devront inclure un résumé de 500 mots, un titre provisoire, ainsi qu’une biographie, et être envoyées, au plus tard le 31 janvier 2018, à l’adresse suivante : nouvellesvues.qc@gmail.com. Les textes retenus devront être rédigés en français ou en anglais, comporter entre 25 000 et 40 000 caractères, espaces comprises, et être livrés au plus tard le 30 avril 2018. Les articles seront ensuite évalués et commentés anonymement par deux membres d’un comité de lecture ad hoc. Dès leur soumission originale, ils devront satisfaire le protocole de rédaction (disponible en ligne).


Bibliographie sélective
BURCH, Noël et Geneviève SELLIER, Le Cinéma au prisme des rapports de sexe, Paris, Éditions Vrin, 2009.
BUTLER, Alison, Women’s Cinema: The Contested Screen, Londres, Wallflower, 2002.
CARRIÈRE, Louise, Femmes et cinéma québécois, Montréal, Éditions du Boréal, 1983.
CUSACK, Tricia et Síghle BHREATHNACH-LYNCH, Art, Nation, Gender: Ethnic Landscapes, Myths, and Mother-Figures, Aldershot, Ashgate, 2003.
DENAULT, Jocelyne, Dans l’ombre des projecteurs. Les Québécoises et le cinéma, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1996.
HOLE, Kristin Lené, Dijana JELAČA, E. Ann KAPLAN et Patrice PETRO (dir.), The Routledge Companion to Cinema and Gender, New York, Routledge, 2017.
LAMOUREUX, Diane, L’Amère patrie : entre féminisme et nationalisme, Montréal, Éditions Remue-ménage, 2001.
MARSHALL, Bill, « Women’s cinema », dans Quebec National Cinema, Montréal/Kingston, McGill-Queen University Press, 2001.
McCABE, Janet, Feminist Film Studies: Writing the Woman into Cinema, Londres, Wallflower Press, 2004.
MAULE, Rosanna, Digital Platforms and Feminist Film Discourse: Women’s Cinema 2.0, Hampshire, Palgrave Macmillan, 2017.
NADEAU, Chantal, « Barbaras en Québec: Variations on Identity », dans Kay Armatage, et al. (dir.), Gendering the Nation: Canadian Women’s Cinema, Toronto, University of Toronto Press, 1999.
RAMANATHAN, Geetha, Feminist Auteurs: Reading Women's Films, New York, Wallflower Press, 2006.
SORLIN, Pierre, Sociologie du cinéma. Ouverture pour l’histoire de demain, Paris, Éditions Aubier Montaigne, 1977.
TRÉPANIER-JOBIN, Gabrielle, Représentations alternatives de la subjectivité féminine dans le cinéma québécois, Cahiers de l’IREF, collection « Tremplin » (no 1), Montréal, Université du Québec à Montréal, 2011.
VACANTE, Jeffery, « Writing the History of Sexuality and “National” History in Quebec », Journal of Canadian Studies, vol. 2, no 39, 2005.
WATERS, Melanie, Women on Screen: Feminism and Femininity in Visual Culture, New York, Palgrave Macmillan, 2011.
WAUGH, Thomas, The Romance of Transgression in Canada: Queering Sexualities, Nations, Cinemas, Montréal/Kingston: McGill-Queens University Press, 2006.
WHITE, Patricia, Women’s Cinema, World Cinema: Projecting Contemporary Feminisms, Durham, Duke University Press, 2015.

 

Numéro 20 (printemps 2018) : Mauvais genres!

Sous la direction de Louis Pelletier (Université de Montréal)

Le cinéma québécois évolue dès son origine en marge de pratiques dominantes émanant des grands centres de production cinématographique. C’est ainsi que, parmi les plus de 300 films produits entre 1906 et 1922 par le fondateur de la cinématographie québécoise, Léo-Ernest Ouimet, on ne retrouve pas plus de deux titres alignés sur les standards – hégémoniques dès la seconde décennie de l’histoire du cinéma – des fictions issues des studios français et américains. La quasi-totalité de la filmographie de Ouimet est plutôt constituée de films relevant de genres mineurs et éphémères : films de famille (Mes espérances en 1908), films locaux (Le Concours des sacs de sel [1907]), films publicitaires (savon White Rose), films éducatifs (Sauvons nos bébés [1918]), et d’actualités (les bihebdomadaires British Canadian Pathé News produites de 1919 à 1922). Les cinéastes et producteurs actifs au Québec entre les années 1920 et 1950 se consacreront de la même façon en grande majorité à des productions s’inscrivant en marge du cinéma de fiction dominant : courts métrages destinés à être présentés en complément de programme dans les salles commerciales (Gordon Sparling et l’Associated Screen News), films utilitaires ou gouvernementaux (Albert Tessier, Maurice Proulx), cinéma amateur, etc. L’émergence d’une production légitimée de films de fiction et de documentaires entre les années 1940 et 1960 ne se traduit par ailleurs pas en un désengagement des cinéastes québécois face à ces catégories marginalisées de productions. On retrouve ainsi parmi les cinéastes ayant fait rayonner la cinématographie québécoise à travers le monde un grand nombre de créateurs ayant d’abord fait leurs classes dans le monde du cinéma amateur (Claude Jutra, Michel Brault), été à l’emploi de producteurs de films utilitaires (Pierre Perrault), ou produit des films de commande (Denys Arcand, Claude Fournier) et des publicités (Gilles Carle, Jean-Claude Lauzon, Chloé Robichaud). Il importe par ailleurs de souligner que, depuis les années 1960, la rencontre du cinéma québécois et de son public s’est souvent faite autour de films relevant de genres populaires (comédies burlesques, « films de fesses ») vilipendés par la critique. L’institution cinématographique québécoise semble en effet avoir internalisé une hiérarchie exogène consacrant la suprématie du long métrage de fiction et du film d’auteur. La quasi-totalité du discours des publications cinéphiliques publiées dans la province depuis les années 1940 est de cette façon consacrée aux diverses déclinaisons du cinéma de fiction, du cinéma d’auteur, et du grand cinéma documentaire. Du côté des archives, la Cinémathèque québécoise applique toujours en 2017 une politique de conservation rejetant hors de son mandat les vastes catégories du cinéma utilitaire et du cinéma amateur.

Un retour sur les « mauvais genres » minorés, dévalués et marginalisés par l’institution cinéphilique semble donc s’imposer. D’abord, parce que ces mauvais genres s’avèrent en définitive indissociables des différentes itérations du cinéma légitimé. Gratien Gélinas expliquait à ce propos en 1942 que, dans un contexte où le financement public de la production privée était inexistant, la production de films publicitaires et éducatifs était la seule façon de faire vivre une industrie cinématographique nationale et, partant, de permettre la production de films de fiction reflétant la réalité québécoise. Soixante-quinze ans plus tard, nombreux sont les cinéastes, producteurs et techniciens québécois à alterner entre corpos, publicités, films « commerciaux » et films d’auteur. Ce retour sur les mauvais genres du cinéma québécois paraît également justifié par l’évolution des goûts et mœurs de la communauté cinéphilique québécoise qui, grâce au travail de ses aînés, n’a plus à se battre pour la reconnaissance du potentiel artistique du cinéma. La nouvelle cinéphilie décomplexée exprimée par des publications telles que Panorama-cinéma et observables dans des manifestations comme le festival Fantasia se trouve dès lors ouverte à tout un lot de productions audiovisuelles jusqu’à récemment considérées comme intouchables. Ce changement de mentalité s’opère alors que la recherche universitaire internationale s’ouvre au cinéma de genre (Joan Hawkins), au cinéma local (Vanessa Toulmin), au cinéma utilitaire (Charles Acland, Haidee Wasson, Vinzenz Hediger, Patrick Vonderau), aux différentes déclinaisons du cinéma d’exploitation ou psychotronique (Eric Schaefer), au cinéma pornographique (Linda Williams, Thomas Waugh), et au cinéma amateur (Charles Tepperman, Liz Czach, Valérie Vignaux, Benoît Turquety). La valeur et l’intérêt du vaste corpus constitué par les « mauvais genres » du cinéma semblent dès lors prendre valeur d’évidence, et cela à plus forte raison dans un contexte comme celui du Québec, où les grandes traditions du long métrage de fiction et du film d’auteur ont mis du temps à s’imposer. Il va toutefois sans dire que la juste reconnaissance de la valeur culturelle, sociale et esthétique de ces textes et pratiques négligés nécessite le développement de nouvelles grilles d’analyses, de nouveaux regards.

Nouvelles Vues sollicite pour son numéro thématique « Mauvais genres ! » des propositions d’articles traitant dans le contexte québécois de productions cinématographiques dévaluées ne relevant pas du long métrage de fiction, du cinéma d’auteur, ou de la grande tradition du cinéma documentaire. La soumission de propositions concernant les circuits de diffusions et les espaces de diffusion consacrés à ces cinémas marginaux, de même que les communautés s’étant développées autour d’eux est également fortement encouragée. Les propositions pourront traiter plus spécifiquement :

•    de cinéma d’exploitation, psychotronique ou de série Z;
•    de comédies populaires, et plus particulièrement de films s’inscrivant dans la tradition burlesque du Théâtre National et du Canal 10;
•    de cinéma érotique ou pornographique;
•    de cinéma utilitaire, et plus particulièrement de cinéma publicitaire, éducatif, industriel ou de commande;
•    de cinéma amateur ou de famille;
•    de films locaux (définis comme toute production dont les participants et les spectateurs sont essentiellement les mêmes);
•    de newsreels et d’actualités filmées;
•    de la hiérarchie des genres dans le contexte québécois;
•    de la constitution d’un canon du cinéma québécois, et des exclusions que cette opération présuppose;
•    de la réception et, le cas échéant, de la censure des mauvais genres du cinéma;
•    des communautés de fans, de la cinéphilie alternative, et des espaces associés (les festivals Fantasia et Vitesse Lumière, les projections des Douteux et de Total Crap, etc.);
•    des questions et enjeux liés à la conservation, à la diffusion et à la programmation des mauvais genres du cinéma.

Les propositions d’article devront contenir un titre, une brève notice biographique, de même qu’un résumé d’un maximum de 500 mots. Ce résumé devra circonscrire un corpus et mettre de l’avant une hypothèse de travail suivant l’un des angles ou sujets mentionnés. Le tout devra être envoyé à l’adresse suivante : nouvellesvues.qc@gmail.com au plus tard le 1er août 2017. Les auteurs des propositions retenues seront invités à soumettre un article rédigé en français ou en anglais et comportant entre 25 000 et 45 000 caractères, espaces comprises, au plus tard le 15 octobre 2017. Les articles seront évalués et commentés anonymement par deux membres compétents d’un comité de lecture ad hoc.